Ceporah Mearns

Je pense qu’en venant dans le Sud depuis son chez-soi, sa communauté, on réalise plus ce que l’on a. Cela aide à découvrir qui l’on est, plutôt que de perdre autre chose. Lorsqu’on rentre à la maison, on chérit cela beaucoup plus, parce qu’on sait ce que l’on a.

C’est vraiment flagrant, en ce qui concerne les 3 générations de ma famille. Ma grand-mère est née sur le territoire. C’est la même chose pour ma mère, mais ma mère a été amenée dans la communauté quand elle était encore petite. Elle n’a jamais pu apprendre ce que ma grand-mère a appris.

Je ne suis pas née dans le nord. Alors, je n’ai pas appris ce que ma mère et ma grand-mère ont appris. Par moments, j’ai l’impression d’avoir raté quelque chose, car il y a tellement d’aspects de ma culture que j’aimerais tant apprendre, mais je n’en ai pas eu la chance. Certains aspects ne sont plus autant utilisés qu’ils l’ont été par le passé.

Je suis très fière d’être une Inuk moderne. Il y a tant d’opportunités pour nous aujourd’hui, et encore plus avec le Nunavut. Nous avons tellement d’opportunités avec l’école, et les emplois surtout… Ils sont juste là-haut, ils nous attendent. Avec toutes les négociations qui se sont déroulées et tous ceux qui sont entrés au gouvernement qui prennent actuellement leur retraite, nous sommes la prochaine génération.

 Ça a été un peu difficile parce que ces dernières années, j’étais à l’école et durant les étés, je travaillais. J’ai passé tout l’été dernier à l’école, je n’étais pas souvent à la maison… Ce sont les seuls moments que j’ai pour aller sur les terres, et passer du temps avec ma famille. C’est une période difficile, parce que je ne peux pas être à la maison. Je manque des choses à cause de ça.

Selon moi, les femmes ont pris plus de rôles que les hommes, en particulier au gouvernement. Les femmes sont encore celles qui prennent soin des enfants et maintenant, elles ont des emplois, elles fournissent ce dont leurs familles ont besoin. Ceci se démontre dans les statistiques du Gouvernement du Nunavut, car la majorité des employés Inuit sont des femmes. Ce sont elles qui soutiennent les familles maintenant.

Ensuite, il y a la question de l’abus et de la violence faite aux femmes au Nunavut aujourd’hui. C’est peut-être pour ça que c’est arrivé, il y a peut-être un fossé dû au fait que les hommes n’ont pas réussis autant que les femmes. Surtout à l’école. La majorité des diplômés sont des femmes. La majorité des étudiants inscrits à l’université sont des femmes. Je pense que les hommes doivent prendre cela assez mal.

C’est peut-être une question de pouvoir – les hommes veulent avoir le pouvoir. De même dans le Gouvernement du Nunavut, les postes qu’ils prennent, la majorité de l’assemblée législative est composée d’hommes. Tous les chefs sont des hommes. Les membres du conseil d'administration de NTI, et des autres organisations similaires, ce sont les hommes qui sont les leaders, les femmes restent dans l’arrière-plan, dans la bureaucratie. J’aime penser que c’est là que se font tous les changements.

Michael Gordon

Mon nom est Michael Gordon et je viens de Rankin Inlet. J’y suis né et j’y fus éduqué. Cette année est ma deuxième à Ottawa. Je participe au programme Nunavut Sivuniksavut et certains de nos cours sont des cours universitaires. Nous sommes en train de terminer un cours de sciences politiques. Ce semestre a été très stressant.

Le rôle des femmes a changé d’une manière drastique dans les 50 à 70 dernières années.

Les femmes ont joué des rôles tellement importants dans leurs familles – elles ont été la fondation de leurs familles. Mais on n’attendait pas beaucoup d’elles, par exemple, dans les questions de consultations avec la communauté ou dans le cas de règlements. Aujourd’hui, les femmes sont plus ou moins à la tête de leurs foyers. La plupart de la main-d’œuvre est féminine, des femmes Inuit. Elles détiennent de meilleurs emplois, des emplois qui paient mieux. Leurs vies ont beaucoup changé.

Il y a tellement de raisons différentes, ou de réponses à cette question : comment les femmes ont réussi dans la main-d’œuvre et académiquement. Les hommes avaient trop l’habitude d’être plus « pratiques » et durant la transition de vivre sur les terres à vivre dans une communauté, je pense qu’ils n’ont juste pas été capables de comprendre le concept d’être simplement assis dans une classe, à écouter. Les hommes sont habituellement plus pratiques. Surtout les hommes Inuit, qui ont l’habitude du travail physique. Être assis dans une classe, ça ne les a pas intéressés.

Ce sont les femmes qui ont été laissées à l’école et ça pourrait être une des raisons de leur succès. Elles sont restées à l’école, et maintenant elles réussissent sur le marché de l’emploi.

Récemment, je me suis particulièrement intéressé au rôle de Pauktutit dans la transformation de la société au Nunavut, comment ils essaient d’aider les femmes à contrer la violence familiale et de tenir tête à leurs agresseurs.

Tout ça – je ne sais pas comment le dire. Le fait d’avoir deux contrevenants dans notre législation, à ma connaissance deux, me bouleverse vraiment. Je ne suis pas d’accord avec le fait d’avoir à la tête de la communauté une personne qui a été condamnée pour deux infractions graves. Celle-ci ne devrait même pas avoir le droit de faire de la politique. S’il récidive, il pourrait aller en prison et n’est-ce pas vraiment très embarrassant d’avoir à dire que c’est un homme comme ça qui est en charge de notre territoire? Je ne suis pas d’accord que nous ayons même le droit de le faire.

Ensuite, la réapparition de deux prédateurs sexuels, ramenés au Nunavut dans le mois passé. C’est embarrassant.

Les femmes Inuit ne sont plus forcées à se marier. Je dirais que cela fait environ 40 ans que ce n’est plus comme ça. La génération de nos parents avait le droit de choisir qui serait son/sa compagnon/gne ou époux/se. Il se peut que ce n’était pas le cas pour nos grands-parents.  Je ne sais pas comment ont été mariés mes grands-parents, si c’était un mariage arrangé ou non. Ce serait intéressant de le découvrir.

Nous ne faisons pas les mêmes choses que faisaient nos grands-parents, ou même nos parents, quand ils étaient jeunes. Ça ne veut pas dire que nous ne sommes plus Inuk – je pense que toute culture change pour se transformer en une société plus moderne. Nous, les Inuit, avons beaucoup changé.