J’ai également rencontré un gendarme spécial de la GRC là-bas. La GRC est venue en patrouille de Coppermine et ils ont dit qu’un avion s’en venait. Ils allaient voir le surintendant de la Division « G ». Il s’appelait Henry Larsen. Il était l’homme le plus célèbre du Nord à l’époque.

Il a traversé l’Arctique sur le St. Roch?
Oui. Il a franchi le passage du Nord-Ouest. Je me souviens que mon père allait le voir quand il se rendait au navire. Il est arrivé en avion, un Norseman,  avec Alex Stevenson, qui était l’administrateur de l’Arctique1. Il avait travaillé pour la Compagnie de la Baie d’Hudson et il était allé à la guerre, puis il était revenu dans l’Arctique. Il parlait très bien inuktitut, tous les deux le parlaient très bien. Il y avait également un pilote et son mécanicien. J’ai regardé et l’avion était vide. J’ai dit : « Tiens, il faut que j’essaie de partir d’ici! » Je leur ai parlé en leur racontant une histoire triste. J’ai dit : « Je n’ai pas eu de chance cet hiver et je n’ai pas attrapé beaucoup de renards. Je suis handicapé et je veux retourner dans le delta. » Ils se rendaient à Aklavik. Henry m’a dit : « Viens! » J’ai eu une demi-heure, non, une heure pour vendre tout ce que j’avais. J’ai vendu mes quatre chiens, mon toboggan, ma carabine et mon parka de rat musqué. C’est tout ce que j’avais de toute façon et je suis parti!
J’ai obtenu environ trente renards de ce marché, ce qui était bien. Les trappeurs avaient beaucoup de renards de toute façon. Ils voulaient acheter mon toboggan et ma carabine. Mes chiens m’ont vraiment manqué. Mais il fallait que je parte. J’avais seulement mon sac de couchage et mes renards avec moi. Quand nous avons décollé de Holman, il y avait de la brume. Une fois rendu dans les airs, le pilote a vu trois ours blancs autour d’un trou de respiration de phoque. Il a tourné autour et s’est rapproché suffisamment pour prendre une photo. Plus tard, je regardais par la fenêtre quand tout à coup nous avons refait un cercle. J’ai entendu quelque chose à propos de travaux de construction qu’on faisait. Je ne savais pas ce que c’était! J’ai regardé vers le bas et j’ai vu Cape Parry! Nous avons atterri sur la banquise. Il y avait une longue piste avec des bulldozers qui allaient et venaient. J’ai vu trois avions stationnés sur la glace. Le même automne, quand j’étais passé là, il n’y avait rien! Alors j’ai demandé : « Qu’est-ce qui se passe? Est-ce que c’est une invasion, ou quoi? Qu’est-ce que c’est que tout ça? » J’ai rencontré un cousin dont je suis proche qui travaillait là, Edward Ruben, qui vivait à Paulatuk. Ils appelaient cet endroit Pin-1. C’était le nom officiel.
On a passé la nuit là et le lendemain ils m’ont demandé. « Veux-tu aller à Aklavik? » J’ai aussi rencontré l’ancien directeur de mon école anglicane. Il avait été également agent de protection de la faune et il était maintenant agent de liaison pour les employés du réseau DEW2. M. Boxer, c’était son nom, Albert Boxer. Il m’a demandé tout de suite comment allait le piégeage. J’ai parlé à mon cousin Edward Ruben; il vit toujours, il doit avoir dans les quatre-vingts ans maintenant, et il a dit qu’ils construisaient le réseau DEW qui allait traverser tout l’Alaska, le Canada et le Groenland. Ici c’était tout simplement Pin-1. L’autre secteur était le secteur BAR et il y avait des avions qui allaient et venaient tout le temps. Les gens s’affairaient avec des véhicules à chenilles et des camions. L’endroit bourdonnait d’activité!