Quand j’ai fait mon exposé lors de la première réunion, en novembre ou en octobre, j’ai dit ceci: « Ici, c’est le Canada, mais pourquoi n’y a-t-il pas de membres représentant l’Arctique de l’Est à ce conseil? Il doit y avoir une raison. Est-ce que c’est parce que nous ne sommes pas encore sorti du régime colonial? » J’ai exprimé mon opinion, et quelqu’un l’a sans doute relevé. Ils ont travaillé là-dessus pendant pas mal de temps.
Bob Harvey était un expert-conseil d’Edmonton. C’était vraiment un type remarquable. Hugh Campbell était un ancien maréchal de l’air de l’aviation canadienne. Ils étaient bien informés, ces gens-là, et on ne pouvait pas les amener à faire quelque chose qu’on n’avait pas préalablement discuté. Ils étaient comme ça. John Parker et tous les autres étaient tous diplômés d’université. Il s’appelait comment, déjà? Frank Vallee était professeur d’anthropologie à l’Université McMaster. Pouvez-vous vous imaginer être assis à côté de lui? Ils en savait plus sur vous que vous-même! Ha, ha, ha! Il avait écrit quelques livres sur les Esquimaux à cette époque. Stu Hodgson était un ancien syndicaliste de la British Columbia Woodworkers Union, et il connaissait son affaire.
J’étais au pied du mur et je devais faire un exposé. J’ai dit : « Il y a la région de l’Arctique de l’Est qui n’est pas représentée alors que la circonscription du Mackenzie l’est. » Il y avait trois circonscriptions à l’est à l’époque. La circonscription du Mackenzie, qui allait jusqu’au fleuve Mackenzie, la circonscription du Keewatin qui comprenait Rankin et le Nord, et cette région-ci, Baffin, faisait partie de la circonscription de Franklin. C’est comme ça qu’on décrivait ce pays à l’époque. Il n’y avait pas d’île de Baffin, ni rien du genre. Alors j’ai continué mon exposé : « Eh bien, si nous ne pouvons pas avoir d’autres représentants élus, peut-être que nous devrions revenir en arrière et demander à l’Angleterre coloniale de nous prendre en charge comme elle le faisait autrefois. Peut-être devrions-nous recourir de nouveau à leurs services! »
Quelqu’un s’est emparé de cette idée et en février, quand je suis retourné à Ottawa, ils ont dit : « Nous allons tenir des élections et nous devons adopter un projet de loi sur cette question. » Ils ont ouvert les audiences pour les élections en juillet 1966, au moment où la Commission Carrothers déposait son rapport sur la nécessité de changer la structure du gouvernement.
Puis ils ont envoyé des agents de découpage des circonscriptions électorales dans le Nord. Ils ont créé trois circonscriptions : la totalité de Baffin jusqu’à l’Extrême- Arctique aurait droit à un représentant au sein du gouvernement territorial, la deuxième serait constituée par le Keewatin et la troisième par le centre. Quand le projet de loi fut adopté en troisième lecture, j’ai téléphoné à mon ami Simonie Michael et je lui ai dit : « Simonie, nous allons avoir un représentant élu maintenant; pourquoi est-ce que tu ne te présentes pas? » Je suppose que je l’ai influencé. Quand nous étions à Frobisher Bay avec le gouvernement territorial, l’année précédente, j’avais demandé à des aînés d’assister et d’écouter ce dont il était question, parce qu’il s’agissait de leur gouvernement.
Nous n’avions pas beaucoup d’argent à jeter par les fenêtres à la session de février. Je pense que nous avons dû voter peut-être pour vingt millions de dollars de paiements faits par le gouvernement territorial. La plus grande partie de nos revenus provenait du gouvernement fédéral à l’époque, et nous n’en prenions qu’une toute petite partie à la fois. Quand nous nous sommes séparés, je suis retourné au Nord et j’y ai passé le printemps. Je ne recevais aucun honoraire, seules mes dépenses étaient remboursées, contrairement aux personnes nommées.  Parce que j’étais fonctionnaire fédéral.
Le gouvernement territorial était alors contrôlé par le gouvernement fédéral et il était composé des membres désignés et quelques membres élus provenant du district du Mackenzie. C’est alors que la Commission Carrothers a conduit son enquête. Ils sont allés dans toutes les localités. Ils ont voyagé par avion, à bord d’un Canso. Bobby Williamson était l’un d’entre eux, et il expliquait ce que c’était que le gouvernement. Nous sommes allés à Pangnirtung et à Pond Inlet, et dans l’Extrême-Arctique, à Rankin Inlet, et ainsi de suite. Ils se demandaient : « Qu’allons nous faire de tous ces gens? Auront-ils des conseillers élus ou pas? » Vous vous rappelez? C’est ce qu’ils ont mis dans leur rapport.
Une des choses dont je vous ai déjà parlé remonte au moment où ils ont créé les Nations Unies après la Seconde Guerre mondiale. Lester B. Pearson a été nommé membre du groupe fondateur, et dans un de ses discours il a critiqué la Russie de ne pas mieux s’occuper de ses territoires du Nord. Mais la Russie a riposté et a dit : « Le Canada devrait mieux s’occuper de ses Autochtones! » Nous avions certainement besoin de meilleurs soins de santé. Presque toutes les familles, amérindiennes comme inuit, vivant dans l’isolement, ont été à un moment ou un autre victimes de la tuberculose ou de la vie dans un pensionnat. C’est pourquoi ils nous avaient dit : « Commencez par nettoyer votre propre cour avant de nous critiquer! » Le tout premier Ministre de la Santé pour les Autochtones a été Paul Martin. Pas l’actuel Ministre des Finances [1996], mais son père. Je l’ai rencontré à l’hôpital quand j’y étais. Après ça, ils ont été obligés de commencer à s’occuper du Nord. Il y avait trois hôpitaux dans le Nord. Il y en avait un à Aklavik à la mission catholique, un petit à Chesterfield Inlet et un à Pangnirtung pour toute la région. Aujourd’hui, nous avons un hôpital général ici, pour toute la région, mais avec de la technologie.
Puis les enseignants sont arrivés. Dans cette région, ils utilisaient le programme scolaire de l’Ontario, dans le Keewatin ils utilisaient le programme scolaire du Manitoba, et dans le Nord québécois ils utilisaient le programme scolaire du Québec. L’Ouest utilisait le programme scolaire de l’Alberta. Ils essayaient de s’organiser. En Ontario, ils allaient jusqu’à la treizième année, alors nous avons adopté le programme scolaire de l’Alberta; il est encore utilisé ici aujourd’hui. On pourrait dire qu’on en a poussé l’adoption. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans le Nord québécois. C’est comme ça que ça a commencé. Tout d’un coup, le gouvernement voulait des gens qui feraient leur travail en tant que personnes élues. En juillet 1966, Simonie Michael est devenu le premier Autochtone canadien élu de tous les temps et sa circonscription s’étendait d’Iqaluit jusqu’au Pôle Nord!
Bobby Williamson était bien connu dans le district de Rankin Inlet, alors il a été élu. Lui aussi étudiait les gens. C’était un anthropologue. Maintenant il est docteur de quelque chose à Saskatoon. Duncan Pryde était un directeur de la compagnie de la Baie d’Hudson. Il a été élu par acclamation. Personne ne savait vraiment ce qui se passait.